Comme la rumeur l'entendait et comme il était hautement prévisible (lire Le mystérieux projet « Vingle » va-t-il une nouvelle fois bouleverser l'industrie ?), Apple utilise une puce maison pour faire tourner son iPad. Celle-ci a très probablement été conçue par la fine fleur de l'équipe de PA semi, la start-up rachetée par la firme de Cupertino aux tous débuts de 2008. Mais les ingénieurs ont-ils réellement retenu l'architecture ARM pour concevoir le premier processeur spécifiquement Apple ? Et d'où vient donc son nom, A4 ?
Bien exotique, le A4. Et pas seulement parce qu'il s'agit du tout premier processeur entièrement conçu par Apple. Son nom déjà pose question. D'où peut-il bien venir ? C'est sans doute du côté des graines de pommes qu'il faut se pencher pour en avoir un aperçu.
Le terme A4 fait référence à la gibbérelline, une substance synthétisée par les pépins de pomme, mais aussi par certains fruits et légumes, et qui protège la cellule germinale, favorise son éclosion et sa croissance. A lui seul, s'il est confirmé, le choix de ce terme éclaire en profondeur les choix technologiques et stratégiques de Cupertino.
Favoriser la croissance, provoquer l'exaltation, contribuer à l'éclosion, s'opposer au vieillissement ainsi qu'à l'effet d'inhibition de la germination… et empêcher la pomme de pourrir. Alors qu'Apple est désormais épié par la concurrence, la firme se doit de se distinguer par des produits cuisinés en interne et qui lui permettront d'accroître les caractéristiques spécifiques de différenciation de ses produits.
Avec l'iPad, Apple présente un nouveau segment de marché, une nouvelle catégorie de produit, présenté par Steve Jobs lui-même comme étant son chef d'œuvre. Phil Schiller, l'ineffable compagnon d'arme de Jobs n'a d'ailleurs pas manqué de glisser que l'iPad allait redéfinir "la façon dont nous faisons les choses chaque jour".
Sûr qu'Apple compte bien sur cette nouvelle greffe pour accélérer le renouveau de sa marque. On peut présumer que le choix technologique et stratégique que représente un processeur conçu en son sein, aura vu Apple écarter toute plate-forme susceptible d'être facilement copiée.
Cette quête apparaît aussi dans le vocabulaire soigneusement sélectionné par les représentants de la compagnie : ainsi de Jobs qui lors de la présentation de l'iPad indique que "virtuellement toutes les applications de l'iPhone tourneront sur l'iPad". Virtuellement, dans le sens de presque, ou grâce à une technologie de virtualisation ? Et pourquoi pas toutes, s'il s'agit de la même plate-forme logique ? Scott Forstall insiste d'ailleurs sur le terme en indiquant que les Apps seraient virtuellement inchangée.
Ainsi encore de Bob Mansfield, le responsable du hardware, qui laisse échappé qu'il s'agit d'un silicium réalisé à façon. Durant la Keynote, les responsables d'Apple glissent également qu'ils ont implémenté de nombreuses fonctions dans le SoC (System on Chip).
D'autres signes qui n'ont pas été relevés ? Le SDK (Software Development Kit) de l'iPad par exemple, présenté sur le site d'Apple, permet de sortir des Apps universal, comme en 2006 quand Cupertino faisait passer ses Mac du PowerPC au CoreDuo d'Intel. Pourquoi réaliser un kit de développement Universal si, encore une fois, l'iPad fonctionne sur la même plate-forme matérielle que l'iPhone ?
La question est donc bien de savoir pourquoi, alors que les ressources ne sont pas différentes, c'est la plate-forme ARM qui aurait été sélectionnée ? Des devices concurrents utilisant la même plate-forme processeur disposent d'autonomies allant jusqu'à 16h. Apple n'aurait donc été capable de ne fournir qu'une autonomie de 10h sur son iPad ? Le A4 contient en tout cas un secret bien gardé.
Une hypothèse parmi d'autres : cette fameuse puce serait plutôt basée sur une technologie Power, comme la petite merveille que l'équipe de PA Semi avait développé jusqu'en 2008 et qu'Apple avait racheté. L'arrivée de Mark Papermaster, un gourou de la plate-forme Power à la tête de l'équipe d'ingénierie matérielle des devices électroniques d'Apple en serait le signe le plus tangible.
La puce prête à la commercialisation quand PA Semi a rejoint les rangs d'Apple était en tout cas hyper puissante et hyper économe en énergie et capable de faire fonctionner n'importe quel appareil électronique de la maison. Et si, pour faire fonctionner les applications iPhone, cette nouvelle puce utilisait les modules de virtualisation qui étaient intégrés au processeur de PA Semi ?
Mieux encore : et si la puce n'était accessible que par l'intermédiaire d'une couche logicielle d'abstraction capable de fonctionner virtuellement sur n'importe quel processeur et de traduire à la volée les instructions requises ? Comme par hasard, une équipe d'Apple a développé ces dernières années une telle couche d'abstraction, intitulée LLVM (pour Low Level Virtual Machine). Un choix de développement qui permet à Apple de s'affranchir des processeurs qu'elle utilise pour éviter de se retrouver sous la coupe d'une poignée de fournisseurs.
A ce stade personne n'a la réponse et Apple s'est bien gardé de communiquer quoi que ce soit sur la technologie utilisée dans la puce. Est-ce que l'équipe marketing a malicieusement semé quelques cailloux blancs ? La page du site américain de la pomme fait référence plusieurs fois au mot "power", qui signifie à la fois "puissance" et qui est le nom générique de la technologie utilisée par Apple et par PA Semi pour faire fonctionner les versions précédentes de leurs puces. A4 serait un SoC (System on Chip) conçu pour favoriser le renouveau d'Apple et basé sur une architecture PowerPC 32/64 bits. Ce choix expliquerait aussi la raison pour laquelle Apple s'est donné du mal à épurer du code de Snow Leopard la partie PPC du code de Mac OS X.
L'A4 n'a pas fini de faire parler de lui : la molécule est vendue sous forme générique sous le nom de gibbalin – souvenez-vous de cette boisson miracle aux multiples usages imaginée par les Deschiens. Reste encore à découvrir si Apple a trempé la graine dans le produit ?
Lire aussi Poche, genoux et table : les prochains rendez-vous d'Apple
Les Deschiens - Le gibolin professionnel
envoyé par opusincertum. - Gag, sketch et parodie humouristique en video.

Merci aux deux détectives ……
Rédigé par: Claude Pelletier | 02 février 2010 à 20:59
Séduisantes hypothèses !
J'espère que nous aurons bientôt des éclairages d'Apple sur ce point (peut-être pour la WWDC ? Ce serait la meilleure occasion).
Rédigé par: jerome | 02 février 2010 à 22:16
Bonjour !
l'hypothèse est intéressante, mais deux points méritent une petite précision.
Je ne comprend pas ce que doit montrer le fait que certain produits basés sur une architecture ARM permettent une autonomie de 16h alors que celui d'Apple ne propose qu'une autonomie de 10h. Est ce pour expliquer que dans ces conditions l'A4 ne peut être basé sur cette architecture sinon il proposerait une meilleur autonomie ? Si tel est le cas pourriez vous donner un peu plus de détail sur ces produits concurrents auxquels vous pensez
Deuxième chose que je ne comprend pas, c'est le rapport entre le supposé nouveau choix d'architecture d'Apple pour ses produits mobiles et ses efforts pour enlever tout code PowerPC de Snow Leopard. J'avoue ne pas voir de rapport
Merci!
Rédigé par: Basile | 03 février 2010 à 12:10
L'autre nom commercial du A4 est Promalin. C'est ce que vous êtes ! Merveilleux article ! Quelle bouffée d'air parmi ce fatras de spéculations et conjectures !
par votre esprit mutin vous vous rapprochez de l'esprit d'Apple : ne jamais perdre de vue la magie ! Je suis donc sûr que vous êtes dans le vrai !
Nougaro chantait "je suis peut-être un animal doué de pouvoirs anormaux, je peux échapper au mal en jouant avec les mots !"
Rédigé par: Al1 | 03 février 2010 à 13:12
@A/1 : merci pour le Promalin, que nous gardons dans nos… tablettes :-p La culture d'entreprise de cette boîte est effectivement un vrai bonheur : il ne faut pas oublier qu'elle a été fondée par 2 sacrés farceurs !
@Basile :
Notre hypothèse est la suivante : le savoir faire de PA Semi en matière d'efficaté énergétique était très en avance sur l'ensemble des acteurs de l'industrie, lorsqu'ils ont été rachetés en 2008 ; et il n'y a aucune raison pour qu'ils aient été rattrapés et surtout dépassés à ce point, en 18 mois. La question posée est "à quoi peut bien être utilisée cette consommation énergétique supplémentaire, si ce n'est pas du à une moins bonne conception de la puce"… Or il se trouve que, outre les systèmes embarqués, PA Semi avait également développé des solutions destinées aux serveurs, avec des solutions de virtualisation implémentées "en dur", dans la puce…
L'architecture développée par PA Semi s'appelle PWRficient et fait partie de la grande famille POWER, et donc du PowerPC ; Apple avait même envisagé ce choix en 2005 avant d'opter pour Intel. Le fait de débarrasser le code de Mac OS de sa composante PowerPC a permis d'alléger Snow Leopard et de le rendre plus véloce, et rien n'empêche Apple d'utiliser le code PowerPC s'il sur une plate-forme processeur éventuelle.
Apple ne "jette" rien : la partie x86 d'OS X est ainsi directement issue de la version "Intel" de NextStep, l'ancêtre direct de Max OS X…
Pour prendre une image, si vous aimez le fromage blanc en faisselle, vous pouvez jeter le petit-lait qui s'égoutte au fur et à mesure dans le pot. Mais si vous aimez faire de la pâtisserie, vous pouvez également l'utiliser pour confectionner des scones. C'est en effet très proche de ce que les anglo-saxons appellent le babeurre et qu'il est difficile de trouver ici en grande distribution… :-)
Rédigé par: ipodbackstage | 03 février 2010 à 14:45