Mi-mai un cabinet de veille concurrentielle spécialisé dans la surveillance des entrées et sorties de marchandises sur les douanes américaines a fait la une des sites de fans en révélant l'apparition d'un mystérieux intitulé apparu sur les bordereaux d'importation de containers en provenance de Chine et commandés par Apple. La rumeur n'a pas tardé à s'en emparer, bientôt relayée par la presse institutionnelle, accréditant la thèse selon laquelle Apple aurait rempli en grand secret ses entrepôts américains depuis la mi-mars, avec la nouvelle version très attendue de l'iPhone. Etait-ce vraiment de l'iPhone v2 dont il était question ? Rien n'est moins sûr : iPod Backstage a sorti sa calculette.
Pour mesurer les enjeux :
iPod Backstage deuxième édition, troisième partie, à paraître fin 2008.
L'analyse :
Le 23 mai, un nouveau venu dans le monde de la rumeur fait sensation en révélant qu'une nouvelle référence dans les bordereaux de la douane américaine accrédite la thèse que quelque chose est en train de se tramer du côté de l'iPhone. En effet, depuis la mi-mars et jusqu'à la mi-mai, se succèdent toutes les deux semaines environs d'importantes livraisons sous une mystérieuse référence jamais apparue jusqu'alors. Ce ne sont pas moins de 188 conteneurs au total expédiés depuis la Chine, et reçus soit directement par Apple, soit par ses distributeurs habituels, sous la dénomination "electrical computers", inconnue jusqu'alors sur les bordereaux de l'US Customs, qui transitent par les ports américains. Mais quels sont donc ces énigmatiques appareils électroniques ?
Un mois plus tôt, les analystes de Citi, Richard Gartner et Yeechang Lee, ont prédit qu'Apple annoncerait le nouvel iPhone 3G à la Worldwide Developper Conference de San Francisco le 9 juin. Pour "ImportGenious", l'affaire est entendue : il s'agit bien de l'arme secrète d'Apple pour le marché de la téléphonie de nouvelle génération qui est ainsi débarqué en toute discrétion des cargos en provenance d'Extrême-Orient.
Co-fondé par Ryan Peterson, ImportGenious surveille pour le compte de ses clients les entrées de tous les conteneurs transocéaniques aux Etats-Unis. Grâce à un outil en ligne, les utilisateurs du service ont accès aux données d'importation de matière comme de produits finis de leurs compétiteurs, sans compter ceux de leurs fournisseurs. Utilisateur et fan d'iPhone lui-même, Ryan Peterson a été mis au défi par l'un de ses clients de collecter les informations de transit à propos de l'iPhone. Résultat de ce pari stupide : le Landerneau des analystes, des journalistes et des bloggers est en ébullition.
Le lièvre levé par ImportGenious est en effet de taille et, pour parcellaire qu'elles soient, les informations collectées sont dans certains cas relativement précises : le 19 mars, Quanta, l'un des fabricants putatif de l'iPhone v2, déclare 20 conteneurs à destination d'Apple. Les livraisons se poursuivent les 27 mars, 28 avril, 6 et 17 mai avec 60 conteneurs supplémentaires. Au total, ce sont 188 conteneurs qui arrivent à Freemont (Californie), Jonestown (Pennsylvanie), Vancouver (Canada) et New York (New York), chacun contenant, selon ImportGenious, près de 40 000 iPhones soit, par extrapolation, plus de 7 millions d'appareils au total.
La Pomme, bien connue pour son culte obsessionnel du secret, et dont la logistique est désormais considérée comme plus efficace que celle de Dell – laquelle faisait pourtant figure de modèle en la matière – a-t-elle immobilisé l'équivalent du bénéfice de plusieurs trimestres, au risque de voir son produit le plus secret à la merci d'un indiscret, quelques semaines avant son lancement en grande pompe?
Poser la question c'est déjà y répondre et on voit mal Apple, à ce moment clé de son développement et de sa reconquête se tendre elle-même un piège dans lequel elle risquerait de tomber. La réalité est sans doute toute autre, et beaucoup plus conforme aux habitudes et aux ruses de sioux utilisés par le constructeur pour masquer ses véritables desseins. En effet, si l'on examine la livraison la plus récente citée par ImportGenious, arrivée à New York dans les cales du NYK Delphinus le 17 mai dernier, et enregistré sous le numéro HLCUSHA0803FTFR8 par les douanes américaines, on peut se faire une idée plus précise de la nature exacte de ces énigmatiques chargements. Toujours selon Ryan Peterson, le chargement "d'ordinateurs électriques" était composé de 504 cartons pour un poids de 7140 kg. Si l'on sait compter, cela nous donne un poids de 14,166 kg par carton. Comment estimer le nombre “d'iPhones ”dans chacun d'entre eux ?
Le chiffre de 25 unités par emballage correspond à un volume de marchandise aisément distribué par un détaillant de taille moyenne, que celui-ci soit un mini Apple Store ou la boutique d'un opérateur de téléphonie mobile. Il est par ailleurs facilement divisé en mains de cinq exemplaires chacune. C'était précisément le nombre maximum d'iPhones autorisés par les AppleStores aux Etats-Unis en période de croisière.
Si l'on divise le poids d'un carton (14,17 kg) par 25, on obtient près de 570 grammes, qui correspondent à peu près aux 540 grammes d'un iPhone de première génération dans son packaging d'origine avec ses accessoires. La différence est absorbée par le poids du carton et du suremballage en polypropylène utilisés pour protéger la cargaison. Au total, le conteneur transocéanique de 20 pieds du NYK Delphinus compte donc aux alentours de 12 500 iPhones. On est loin des 40 000 "devices" par conteneur estimés par ImportGenious, fut-ce dans des conteneurs de 40 ou de 45 pieds qu'Apple ne se risquerait pas à utiliser compte tenu du risque lié au coût d'immobilisation si ceux-ci venaient à être perdus en route.
Alors ? La vague de conteneurs sur l'Amérique du nord annonce-t-elle l'invasion attendue ? Impossible : 171 des 188 conteneurs ont été expédiés par Quanta, qui n'a décroché que la fabrication, l'assemblage et l'expédition de l'iPod Touch à hauteur de 5 millions d'unités sur son cycle de vie. Il reste donc 17 conteneurs importés par Apple, représentant un total de 210 000 "devices" livrés depuis mi-mars, soit 3 iPhones par magasin et par quinzaine jusqu'à fin mai. Autrement dit, la dernière vague de réassort avant l'arrivée de la nouvelle génération.
Les livraisons d'iPod Touch assurées par Quanta sont beaucoup plus intéressantes : elles signifient qu'Apple a reporté sur ses lignes de communications maritimes l'expédition de ces terminaux mobiles et a abandonné le fret aérien pour engager un cycle industriel de croisière, et absorber le surplus d'écrans tactiles de première génération commandé auprès de Balda (voir http://www.ipodbackstage.com/ipod/2007/08/lipod-au-secour.html).
L'opération promotionnelle "Back to School", qui propose gratuitement un iPod Touch pour tout Mac acheté par un étudiant américain depuis début juin et qui se poursuivra jusqu'à la mi-septembre, est conçue pour accélérer l'adoption de la nouvelle plate-forme et pour assécher progressivement son canal de distribution.
Alors qu'en est-il de la grande offensive attendue de l'iPhone v2 ? Et bien comme d'habitude avec Apple, celle-ci sera aéroportée avec l'établissement d'un véritable pont aérien les premières semaines avant le déploiement d'une deuxième phase d'approvisionnement maritime où il ne sera plus possible de distinguer sous l'appellation "electrical computer" entre iPod Touch, iPhone Edge ou 3G et à n'en pas douter un ou plusieurs nouveaux appareils munis d'un écran sensitif plus spacieux. Car le rapport annuel de Balda vient le confirmer : il y aura bien un PDA ou un TabletMac dans les prochaines semaines. La révolution de l'interface tactile commence lundi 9 juin…

Commentaires