‘Le bonheur, c’est simple comme un coup de fil’, disait la publicité. Il semble qu’Apple ait bien compris le message. Son téléphone, dont elle a réservé le nom de domaine iPhone.org depuis le début des années 2000 et enregistré la marque iPhone en Australie en 2002, est bel et bien lancé. Et se présente déjà comme un succès. Comment l’appareil va-t-il révolutionner les télécommunications ? Les opérateurs ont-ils vraiment des cheveux à se faire ?
Pour mesurer les enjeux :
iPod Backstage, le livre, chapitre 10.
L'analyse :
Vous avez tout lu (ou presque) sur le nouvel appareil informatique d’Apple. De la durée de vie de sa batterie à ses limitations, en passant par ses composants… Et pour résumer, vous aurez sans doute entendu la teneur générale des commentaires : un bien bel appareil, mais très cher et s’adressant à une horde de fanatiques. Rien de plus réducteur, ainsi que vous allez le constater.
Outre le fait qu’Apple se lance sur le marché de la téléphonie à l’aide du plus doué des smartphones, que cache cette incartade sur un secteur aux règles tacites strictes ? L’analyse de la valeur de service de ce terminal intelligent montre que la révolution ne se cache pas forcément là où le pensent les analystes.
Deux choses sont à noter sur l’iPhone : d’abord les composants utilisés. Notons en remarque préliminaire, qu’après un battage médiatique presque improbable de la part de Greenpeace, l’étude de chacun d’entre eux montre qu’Apple aligne ses actes à ses dires. L’électronique de l’appareil sont ‘RoHS compliant’, sans plomb et faiblement consommatrices d’énergie. Il s’agit sans doute d’un des tous premiers téléphone-ipod-ordinateur ‘vert’.
Une fois cette observation faite, quelles sont donc les fonctionnalités des morceaux de silicium en question ? Pour le traitement des différentes fonctions, notons d’abord 3 processeurs ARM (et peut-être un quatrième non identifié) : l’un embarqué dans la puce Samsung, le second dans la puce Infineon S-GOLD2 et le troisième dans la puce de communication Marvell. La présence de ces trois processeurs à très faible consommation d’énergie est particulièrement intéressante : en effet, ils se passent le relais en fonction des usages. La puce Samsung se charge de la répartition des tâches et fait tourner le système temps réel d’Apple ; le processeur Infineon est plus spécifiquement chargé de la vidéo, tandis que le produit de Marvell déleste les deux autres des charges de communication Wi-Fi. Notons au passage les fonctionnalités de la puce Infineon, qui supportent tout autant les réseaux GSM/EDGE que E-GPRS et GPRS, mais aussi CDMA une fois flanquée d’un coprocesseur. Or bizarrement, un composant Infineon M1817A11 servant de relais EDGE sur quatre bandes de fréquence et susceptible de faire de même sur les bandes CDMA, est également inclus dans l’iPhone. En dépit des cris d’offraie poussés depuis l’Europe par les commentateurs, la 3G s’avère bel et bien à portée de mise à jour de firmware
Pourquoi Apple a-t-elle donc limité cette possibilité ? La réponse a été donnée sans le vouloir par AT&T, qui empêche le roaming (cette capacité de téléphoner de l’étranger depuis le réseau d’un opérateur partenaire) pendant 3 mois à compter du lancement de l’iPhone. Autant dire jusqu’à fin septembre, soit le temps nécessaire pour Apple d’augmenter sa production d’iPhone. Pour répondre à une éventuelle demande due à un second lancement de l’appareil… européen celui-là ? Brider l’usage de la 3G et empêcher le roaming, c’est faire du produit un canard boiteux sur les réseaux européens et japonais et cela permet de freiner la demande internationale. Apple a appris à ses dépens avec l’iPod mini que le lancement d’un bidule électronique hautement désirable créait une demande impossible à satisfaire et génère un mécontentement et une frustration de la clientèle. En limitant l’iPhone aux Etats-Unis, Apple et AT&T soulagent leurs logistiques respectives en attendant un rythme de production stabilisé de l’iPhone.
Dans le même temps, l’autre point digne d’intérêt concerne les fonctionnalités des puces embarquées. Leur analyse permet de remarquer que nombre des ‘fonctionnalités absentes’ selon la presse sont en fait intégrées dans l’électronique utilisée par Apple pour son téléphone et ne demandent qu’à être activées. La firme de Cupertino utilise très certainement la plate-forme technologique de référence d’Infineon MP-E+ ou MP-EU. L’une et l’autre permettent l’activation à volonté de fonctions désirées dans le téléphone, comme Flash, Java, les MMS, la fonction de caméra vidéo, l’enregistrement sonore, la reconnaissance vocale, le GPS ou la radio FM… Autant dire qu’il n’y a pour ainsi dire pas de technologie moderne et récente absente dans l’iPhone ; celles-ci elles restent seulement à activer.
Ce qui signifie qu’Apple dispose d’une très large marge de manœuvre pour augmenter la satisfaction de ses clients à bon compte. La firme va pouvoir donner accès à ces fonctions attendues, au fur et à mesure de la mise au point de la version de son système d’exploitation temps réel Mac OS X embarqué. A ce sujet, notons que la conception de cette version de Mac OS X est particulièrement intelligente. Apple s’est concentrée sur ce qu’elle sait faire de mieux, l’expérience utilisateur (et son sens inné de la conception d’interface), laissant à l’électronique embarquée dans son téléphone le soin de fournir le service demandé par les appels de fonctions de Mac OS X. Ceci explique l’absence de briques logicielles comme Quicktime ou Java, dont les ressources sont en fait implémentées dans le silicium.
Reste l’incidence du bidule sur les opérateurs de téléphonie. Elle ne devrait pas tarder à se faire sentir : l’impact de la présence de la technologie Wi-Fi dans l’iPhone a été largement sous-estimée. Aux Etat-Unis, où AT&T ne dispose d’un réseau 3G à grande vitesse que dans quelques grandes villes, le faible débit de EDGE incite les utilisateurs à rechercher des spots Wi-Fi libres et gratuits. Certains ont déjà bien compris le parti qu’ils pouvaient en tirer et le développement des points d’accès Wi-Fi semble devoir s’accélérer (il est d’ailleurs déjà bien répandu). Il suffirait que des applications de téléphonie comme Skype puissent être portées ou qu’une prochaine version d’iChat intègre la téléphonie sur IP et l’iPhone deviendrait le terminal sans fil disposant de la plus grande ubiquité. Un effet de levier pour Apple qui a lancé la popularisation et la démocratisation du Wi-Fi dès 1999, et qui dispose d’une gamme de produits déjà équipée. La connectivité sans fil Wi-Fi et GSM de l’iPhone lui assurent une couverture presque parfaite, à la maison, dans la rue et dans les entreprises.
Voilà bien la façon dont la firme entend mettre la pression sur le secteur de la téléphonie mobile. Son appareil désirable et désiré est devenu incontournable en quelques semaines. Il promet un renforcement de la manne des opérateurs à court terme : en 2 ans (selon le contrat signé), un utilisateur d’iPhone va dépenser autour de 2000 dollars, dont 30% iront à Apple et 70% à AT&T. Mais à plus long terme, le rapport est susceptible de s’inverser : la généralisation des points d’accès Wi-Fi en zones urbaines pourrait engendrer deux réactions. D’abord, les acheteurs de l’iPhone pourraient décider de ne pas s’abonner à la téléphonie et n’utiliser ponctuellement que des cartes prépayées dans les zones non-couvertes. D’autre part, Apple pourrait proposer un autre type d’appareil hybride, dépourvu de fonctions téléphoniques mais permettant quand même de passer un coup de fil !
Pour les opérateurs terrestres et sans fil, il est temps de repenser sérieusement leur modèle économique : l’arrivée de l’iPhone sur le marché signe en effet l’émergence de l’ubiquité de la voix sur IP mobile, à domicile et en entreprise. La manne générée pour les opérateurs par le ‘coup de fil’ est en passe de s’éroder, à l’instar de ce qu’a connu l’industrie de la musique avec le CD. La fameuse ‘convergence’ une nouvelle fois se faire en fin de compte au bénéfice de l’utilisateur final, et les opérateurs européens qui jouent sur tous les tableaux (paire de cuivre, téléphone cellulaire à services ajoutés, hot spots wi-fi payants) ne s’y sont pas trompés, en dénonçant “l’incroyable arrogance” d’Apple au cours des négociations. La fin du temps des vaches grasses – pour ne pas dire des vaches-à-lait – est-elle pour bientôt programmée ?

Salut à vous :-)
Première fois que j'interviens sur votre blog… et je tenais à vous dire :
VOUS ETES LES MEILLEURS CHRONIQUEURS DE L'UNIVERS APPLE !!!
et je pèse mes mots !!! ;-D
Lecteur assidu depuis de nombreux mois, je ne passe pas 48h sans faire
un tour sur MacPlus.net…
MERCI de toutes vos infos sérieuses et prospectives éclairées
qui se vérifient si souvent… et rendent intelligent pour décrypter les technos ! :-)
Je fais passer votre adresse régulièrement pour participer à l'augmentation
méritée du flux de vos lecteurs… j'espère être efficace ! :-)
Bien à vous… et bonnes vacances
Weiki
Rédigé par : Weiki | 31 juillet 2007 à 13:11
Tout ce que j'ai à dire, c'est que j'espère que vous dites vrai et que cela se vérifiera à l'avenir car dans ce cas.... Oh my god !!
Par contre, j'ai des doutes concernant le GPS... comment se pourrait il ? la puce infineon ne sait pas gérer les signaux GPS... si ?
M'enfin, cela ne m'empeche pas de rêver à un iphone avec java, flash, gps, 3G, enregistrement vidéo, reconnaissance vocale, radio, install de logiciels tiers, sonneries perso, jeux, etc... pour la sortie européenne.... :D
Merci en tous cas pour cet article.
Rédigé par : Paff | 31 juillet 2007 à 18:23
Tout cela est très intéressant, mais il me semble que vous confondez CDMA, qui est le concurrent incompatible du GSM, et W-CDMA qui englobe plusieurs normes 3G dont l'UMTS. Cela ne change en rien vos conclusions.
Rédigé par : kTag | 07 août 2007 à 09:59
Brillante analyse, comme d'habitude !
Mais il ne faut pas oublier que les tarifs des opérateurs de téléphonie mobile aux USA n'ont pas grand chose à voir avec les tarifs européens et encore moins français. Les forfaits proposés par ATT aux Etats Unis débutent à $ 60 soit environ 45 €. Et à ce prix, on a 7H30 de communication, EDGE illimité, 200 sms, temps de conversation entre deux mobiles (ATT ?) illimités et 5000 minutes les soirs et week-end. C'est tellement peu cher que les appels vers mobiles américains sont inclus dans mon forfait de freenaute.
En France, on a tendance à plumer le pigeon et plutôt deux fois qu'une. J'ai beaucoup de mal à imaginer nos trois rentiers nationaux se délester aussi facilement de leurs bourses.
La percée de la bête (l'iPhone) et le remise en cause de la facturation (ce n'est pas une révolte, sire, mais une révolution) sont les conditions nécessaires à des changements de comportement dans l'utilisation de nos compagnons quotidiens que sont les téléphones portables de types smartphones.
Attendons les offres de l'opérateur élu pour voir si la prophétie se réalise ici.
Quant aux hotspots wifi dans les lieux publics, un bon thème pour les prochaines municipales ;-)
Rédigé par : Fred | 15 août 2007 à 23:41
super analyse, j'aimerais y croire, ça ressemble plus à prophetie qu'à une réalité, car comment activer la 3g s'il n'y a pas de puce 3g dans l'appareil ?????????????????
Rédigé par : tyler_d | 04 septembre 2007 à 13:45