Synthèse :
En annonçant par avance un boîtier d’intermédiation de contenus entre votre ordinateur et votre téléviseur, Apple se prépare à réaliser un hold-up chez vous. L’iTV se présente comme l’iPod de votre salon, tout en prenant appuis sur l’infrastructure déjà mise en place au travers d’iTunes. Et comme pour l’iPod, l’iTV tient dans sa ligne de mire une foule de concurrents.
Pour mesurer les enjeux
iPod backstage, le livre, Chapitres 6, 7, 9 et 10
Analyse
La réponse du berger à la bergère ne s’est pas fait attendre : tandis que Microsoft annonçait le lancement de sa plate-forme Zune destinée à « dézinguer » l’iPod (plutôt que d’envoyer au feu les seconds couteaux - voir chapitre 9 du livre, Microsoft a décidé de faire le travail par lui-même), Apple dévoilait un produit en avance, pour la première fois depuis le retour de Steve Jobs aux commandes, l’iTV.
Et quel produit ! Cette set-top box est en fait un boîtier d’intermédiation prévu pour s’insérer entre le téléviseur et l’ordinateur. Avec iTV, Apple lance un défi à ses concurrents ainsi qu’un message à ses clients : ce n’est pas l’ordinateur qui doit faire le hold-up de la télévision. Son rôle est de fournir des contenus au téléviseur, de préférence à écran plat et siglé ‘HD Ready’.
Une nouvelle coquille vide ?
Pour faire simple : l’iTV n’est autre que l’iPod de votre salon, une coquille vide qu’Apple entend bien remplir de fonctionnalités qui s’ajouteront à mesure de son adoption. Apple avait déjà développé ce type de boîtier d’intermédiation au milieu des années 90 et l’avait testé avec l’aide de la BBC. Un développement sans lendemain…
Steve Jobs a déjà montré toute la valeur de l’iTV en faisant le 12 septembre la démonstration de son utilité comme passerelle WiFi, qui affiche sur le Home Cinéma de la maison les vidéo ou les films achetés sur l’iTunes Store et stockés sur l’ordinateur de la maison. Gageons que la vidéo sera la base de l’équation proposée, notamment grâce aux contenus créés par les clients d’Apple sur Mac par le biais d’iMovie et d’iDVD. Comme l’iPod, l’iTV fait donc d’abord partie du hub numérique, et son objectif premier consiste à faire vendre plus de Mac. Il agit comme une fonctionnalité supplémentaire : un relais multimedia pour entrer dans le salon.
Justement : les concurrents se pressent devant la télé ! Et l’iTV se présente donc principalement comme une réponse aux efforts de Microsoft ou de Sony sur le marché des Media Center. L’entreprise de Redmond commence à porter ses fruits : il s’est vendu 6,5 millions de systèmes Windows Media Center en 2005 aux seuls USA (soit près de 2 millions de machines de plus que les ventes mondiales de Mac sur la même période). Les fêtes de Noël 2005 ont créé un véritable appel d’air : près de 50% des PC domestiques vendus fonctionnaient sous Windows Media Center. L’engouement du public commence donc à prendre, et représente désormais près de 10% des PC vendus aux seuls Etats-Unis. Windows Vista Media Center sera même disponible en boîtes début 2007, tarifées à 270 et 450 dollars.
Le petit qu’a le ciné
Pourquoi est-il nécessaire pour Apple de s’octroyer une part de ce gâteau ? D’abord parce que la firme de Cupertino a de nombreux atouts à faire jouer : ses machines sont taillées pour le multimedia, son système d’exploitation s’avère la référence des professionnels de l’image et du son et sa suite iLife comprend tous les applicatifs nécessaires au divertissement numérique. Mais plus encore : sa solution musique a tout à craindre de la réussite de Microsoft avec le Media Center. Si les utilisateurs de PC se mettent à utiliser ces ressources pour acheter de la musique, des vidéos ou des films en ligne, Apple risque de voir ses ventes d’iPod fondre comme neige au soleil et sa position de leader de la musique numérique prendre un coup dans l’aile.
Mais Steve Jobs s’est bien gardé de détailler complètement l’iTV, même s’il l’a décrite. Trois questions ont même été soulevées par sa présentation : notons d’abord la sortie audio/vidéo. Si tous les téléviseurs du marché pourront recevoir le signal issu de l’iTV, c’est bien le port HDMI que Jobs a mis en avant. Celui-ci est conçu pour la diffusion de contenu HD (Haute Définition). Autant dire que l’iTV entend surfer sur la vague d’adoption de ces dalles, qui bat son plein aux Etats-Unis et qui commence en Europe.
Du coup, le type de transmission WiFi utilisé pose problème : les seuls standards 802.11b et g adoptés par Apple pour le moment, s’ils suffisent pour la diffusion d’un film en qualité proche du DVD (comme ceux vendus sur l’iTunes Store), ne suffiront pas pour la transmission du signal HD. L’iTV est donc sans doute équipée du prochain standard 802.11n actuellement en cours de ratification, mais qui ne le sera pas avant quelques mois.
Enfin, dernier port sur lequel Steve Jobs n’a pipé mot, le port USB. A quoi va-t-il bien pouvoir servir ?
Un avenir sans fil
Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre qu’Apple a tout intérêt à disposer des ports d’entrées/sorties les plus classiques, mais aussi les plus innovants sur ce boîtier d’intermédiation. Du coup, l’iTV risque d’entrer en confrontation avec plusieurs secteurs, comme celui de l’électronique grand public, où il donnera aisément du fil à retordre aux lecteurs de DVD, aux autres set-top box et probablement à quelques modèles de chaînes Hi-Fi .
Les prochaines briques fonctionnelles ajoutées à l’iTV pourraient étonner : iPod Backstage prend le pari qu’outre le contenu multimedia de votre disque dur, les DVD insérés dans votre Mac, les films et vidéos achetés sur l’iTunes Store, iTV sera capable de bien d’autres choses. Verrons-nous les jeux vendus sur iPod être joués sur l’iTV ? Le boîtier pourra-t-il servir à l’école en conjonction d’un projecteur (et de services Web) ? Sera-t-il susceptible de permettre des vidéo-conférences plein écran de toute la famille ou des personnels de l’entreprise ? Pourrait-il pousser Apple à créer un écosystème iTV à la manière de celui développé pour l’iPod ? La coquille, vendu 300 dollars sera commercialisée début 2007 : reste à Apple à la remplir.

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