Synthèse :
Le très médiatique lancement de la Xbox 360 de Microsoft annonce les débuts d’une nouvelle « bataille du rail » avec pour enjeu votre vie numérique : le contrôle des contenus domestiques. Avec sa Xbox, Microsoft n’entend pas seulement donner du fil à retordre à Sony : il s’agit aussi de ne pas laisser Apple s’installer sur le sofa. Le deuxième acte de la bataille entre les deux frères siamois de la micro-informatique s’est déplacée du bureau vers le living-room.
Pour mesurer les enjeux :
iPod Backstage, le livre, chapitre 7 et11.
L'analyse :
Les deux produits les plus demandés pour les fêtes de fin d’année ? L’iPod, d’une part ; La Xbox 360 d’autre part.
Il s’agit d’une nouvelle déclinaison de la console de jeux de l’éditeur de Windows. Avec ce produit, son objectif est triple :
- supplanter la domination de Sony sur ce segment
- devenir la référence en matière de contenus numériques utilisables depuis un sofa, en installant la Xbox comme plaque tournante.
- mais aussi dézinguer (enfin) Apple de sa place de leader des contenus multimedia
Pour parvenir à ses fins, la Xbox 360 a été richement dotée dans sa version haut de gamme (voir site de Microsoft http://www.xbox.com/fr-FR/).
Dans les faits, Microsoft entend faire avec la Xbox 360 ce qu’Apple a réalisé avec l’iPod : s’appuyer sur un marché porteur (les jeux vidéo) pour proposer des services additionnels en ligne. D’autre part, la nouvelle Xbox est destinée à produire un effet de levier sur les ventes de la version Media Center de Windows, la nouvelle vache à lait de l’entreprise. Rappelons qu’Apple ne fait pas autre chose, en utilisant le couple iPod-iTunes Music Store pour dynamiser les ventes de ses Mac.
A l’inverse de la stratégie d’Apple avec son baladeur, le modèle économique de la console n’est en lui-même pas rentable : Microsoft vend ses consoles à perte - 71 dollars de dumping selon la société d’études iSupply – en espérant les « subventionner » grâce aux jeux qui sortiront de ses studios (vendus 50 à 60 dollars) et du service Xbox Live. Sony, leader du marché, et qui sortira sa Playstation 3 l’année prochaine, est évidemment le premier dans le collimateur.
Mais la logique va plus loin : le géant de Redmond entend créer plusieurs flux de revenus. Outre les jeux, Microsoft peut « faire du gras » grâce aux services Internet, aux accessoires nécessaires pour transformer la Xbox 360 en hub numérique… et –en option– aux systèmes d’exploitation Windows Media Center nécessaires pour parachever l’utilisation de l’ensemble. La Xbox est capable de s’y connecter pour servir de passerelle entre l’ordinateur et la télévision, et être utilisé comme lecteur multimedia : lecture de DVD, films amateurs et photos sur le petit écran…
Parallèlement, la console est positionnée comme un nouveau type de JukeBox musical. Elle est compatible avec l’iPod, et peut également lire les fichiers WMA. Une manière comme une autre de pousser à l’adoption de baladeurs numériques compatibles Windows. Un impact négatif de la Xbox sur les ventes d’iPod est à envisager à moyen terme.
Or justement : le second produit le plus demandé pour Noël, c’est l’iPod. Plus Apple en vend, plus elle attire l’attention et suscite l’intérêt sur ses Mac. Mais les budgets des familles ne sont pas extensibles à l’infini : celles qui n’auraient pas pris la voie tracée par Apple prendront immanquablement celle de Microsoft. Il faut donc pour Apple couper l’herbe sous le pied de la Xbox 360, en fournissant une meilleure solution d’utilisation des contenus numériques. « FrontRow » (voir site d’Apple http://www.apple.com/fr/imac/frontrow.html) en fait partie. Microsoft convient d’ailleurs d’avance qu’Apple est en mesure de faire mieux qu’elle.
C’est la raison pour laquelle, pour augmenter les effets de la Xbox sur les choix stratégiques de la firme de Cupertino, Microsoft a choisi voici 2 ans le même processeur que celui qu’on trouve dans les Mac les plus récents : le PowerPC d’IBM. Une manière d’asphyxier lentement Apple, en asséchant délibérément les capacités de développement d’IBM pour le grand-public… initialement consacrées à Apple.
Au vu de ces enjeux, le choix cornélien d’Apple avant la sortie de la Xbox était le suivant : se laisser étouffere lentement par Microsoft, ou jouer le tout pour le toutr en prenant l’initiative de la surprise et occuper le terrain de prédilection de Microsoft, l’architecture X86.
C’est cette dernière option qui a été préférée. Mais cela suffira-t-il à Apple pour se dégager?
Il ne lui manquerait plus que des jeux pour que sa contre-offensive mette Microsoft dans la position de l’arroseur arrosé, aussi embarrassé qu’Apple avec l’adoption par Redmond du PowerPC.
La prochaine version de Mac OS X, qui comporte un module de traduction de programmes à la volée baptisé Rosetta – lequel est présenté comme une technologie de transition vers les processeurs d’Intel – est susceptible d’être capable de traduire les applications tournant sous Windows sans nécessiter la présence du système d’exploitation. De quoi offrir à termes, la possibilité de faire tourner les jeux PC sur Mac ? Ce n’est qu’une hypothèse.
Mais une chose est sûre : la Xbox est pour beaucoup dans le choix d’Intel par Apple. Et si la bataille des frères ennemis de l’informatique pour le contrôle de votre mode de vie numérique ne fait que commencer, elle a paradoxalement débuté voici tout juste 10 ans.
En janvier 1996, Apple présente un console de jeux tout à fait hors du commun : dotée du même processeur PowerPC à 66 MHz qui équipe les Macs du moment, elle est capable de lire le son en qualité CD sur un lecteur x4 et d’afficher des photos en milliers de couleurs. C’est une version allégée de Mac OS qui sert de système d’exploitation, et il est possible d’étendre la mémoire vive et d’ajouter un disque dur. Apple a même prévu de connecter la version 2 de la Pippin à l’internet et de lui faire lire les mails. Les consoles d’alors sont beaucoup moins sophistiquées et il est d’autant plus rapidement mis fin à l’expérience que les comptes de Cupertino sont dans le rouge.
De quoi comprendre aussi pourquoi Apple applique toujours un timing bien précis pour dévoiler de nouveaux produits ou de nouvelles fonctionalités : le marché doit être prêt à les adopter sans laisser le temps à ses challengers celui de s’organiser…

Si j'en crois la une de Macgé d'aujourd'hui, Jobs voulait passer à Intel en 2000... qu'en pensez-vous?
A.
Rédigé par : Adrienhb | 08 décembre 2005 à 00:11
Adrienhb,
pardon pour le retard de cette réponse et merci pour l'intérêt que vous montrez pour iPodBackstage, Le Blog, et pour les sujets que nous y traitons.
L'objet de ce blog n'est pas de traiter de tous les sujets liés à Apple, mais bien de se focaliser sur les enjeux de la dématérialisation soulevés dans notre livre et dont l'iPod représente le symbole.
La stratégie informatique d'Apple fera l'objet d'un prochain ouvrage où nous vous dévoilerons notamment les tenants et les aboutissants des choix de microprocesseurs d'Apple.
La question du passage sur processeurs Intel n'a rien de nouveau pour Apple, puisque l'ancêtre de Mac OS X, NEXTstep tournait sur presque n'importe quelle architecture.
A bientôt sur iPodBackstage.
Marc
Rédigé par : Marc Geoffroy | 10 février 2006 à 12:03
Je ne comprends pas bien pourquoi Apple ne sort pas un système intégré avec la télévision comme Windows alors qu'il a déjà l'iPod? Y aurait-il un problème technique majeur? Ils doivent avoir leurs raisons, mais pour Candide c'est surprenant de les voir laisser le champ libre à Msoft...
Rédigé par : jfl | 12 mars 2006 à 16:38
Bonjour
cela tient à la philosophie générale d'Apple, ou plutôt de Jobs, et au principe de l'écosystème :
- le Mac depuis sa création, et le hub numérique à sa suite, ne sont pas faits pour "consommer" des contenus – télévisuels – mais pour en produire, pour organiser et présenter les photos, les videos, les textes et pourquoi pas les musiques élaborées par l'utilisateur : c'est la raison de la présence d'iLife sur tous les Macs depuis 2003.
- il y a déjà des produits tiers comme EyeTV : le principe de l'écosystème est de ne pas venir concurrencer les produits des partenaires, sauf pour des raisons stratégiques…
Même si l'iPod video (le vrai) arrive vraisemblablement bientôt avec le service de telechargement monté en puissance, Apple continue de considérer très probablement qu'on peut regarder un clip, une série ou un film sur un iPod ou un ordinateur, mais pas se planter devant et ouvrir un robinet à images… à moins que le marché ne lui démontre vraiment le contraire !
Rédigé par : ipodbackstage | 24 mars 2006 à 14:11